Lettre adressée au bulletin anarchiste À Contre Temps.
Paris, le 1er avril 2004,
Bonjour,
J’ai lu avec intérêt les nombreuses pages haineuses que vous consacrez à mon Histoire Générale de l’Ultra Gauche.
Je passe sur les arguments du style « bouquin journalistique », truffé d’erreurs, etc. Vous avez pu mesurer l’ampleur de ma tâche. Il se glisse forcément sur près de six cents pages — traitant de myriades de groupuscules — des erreurs factuelles. Je vous remercie d’en avoir relevé quelques-unes. Je m’efforcerai de les corriger au fil des retirages. Comme je le fais toujours.
Il faudrait tout de même un jour que je demande la carte de presse. Je glisse aussi sur le titre, « cet étrange monsieur Bourseiller », vaguement paranoïaque et inspiré de la prose lambertiste, qui laisse entendre que je pourrais dissimuler sous le masque de la sympathie critique une authentique malveillance.
J’aimerais user d’un démocratique droit de réponse, pour vous faire part des remarques suivantes, qui concernent Socialisme ou barbarie :
1°) Je n’ai jamais écrit que Socialisme ou barbarie était d’une quelconque façon responsable du délire négationniste, ni que ses écrits l’annonçaient. Je ne l’ai pas fait pour une raison simple : je ne le pense pas.
2°) Il est vrai en revanche que Pierre Guillaume, la Vieille Taupe et les mouvements qui l’environnaient, tels Pour l’intervention communiste ou La Guerre sociale, n’ont cessé de se réclamer d’une filiation critique remontant à S ou B. Devais-je occulter ce fait ?
3°) Lorsque la campagne Faurisson a démarré en 1978, la grande majorité des petits groupes évoluant à l’ultra-gauche s’est rallié aux thèses révisionnistes, en émettant diverses réserves. Ces groupes se réclamaient de l’héritage historique des gauches communistes et pour la plupart de leur branche « moderniste », incluant S ou B. Je n’y peux rien, ce sont les faits. Devais-je les taire, pour faire plaisir à un cénacle de retraités ?
4°) Quelques « anciens » montent aujourd’hui au créneau contre mon livre. C’est leur droit. Mais pourquoi ces militants indignés n’ont-ils rien dit pendant plus de dix ans, alors même que La Vieille Taupe se réclamait indûment de l’héritage de Socialisme ou barbarie et que l’expression « ultra-gauche » entrait dans le domaine public par la petite porte négationniste ? Il a fallu attendre 1991 pour voir apparaître une pétition nommée Les Ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. Le silence prolongé des ex-sociaux-barbares mériterait sans doute une analyse.
5°) Je n’ai jamais cherché à ruiner la réputation d’une revue-groupe dont je mesure la richesse et l’intérêt. Répétons-le : Socialisme ou barbarie n’a rien à voir avec les révisionnistes, de même qu’un grand-père ne saurait être tenu pour responsable des frasques de ses lointains petits-enfants, même quand ceux-ci se réclament de lui. J’ai simplement tenté de restituer l’histoire de l’Ultra Gauche, en tenant compte des heures de gloire et des temps de langueur.
Un mot pour terminer. Avons-nous fréquenté les mêmes manifs ? Alors que je militais à l’Organisation révolutionnaire anarchiste en 1973, je fus personnellement chassé du cortège de la Fédération anarchiste, parce que je portais un drapeau noir et rouge, aux cris martelés « rouge, noir, incompatibles ». Ce slogan m’est resté en mémoire.
Bien à vous,
Christophe Bourseiller